GUEULES SACRÉES

Entre cicatrices et résurrection, le visage devient sacré.

"Face à l'imagerie médicale standardisée, le Polaroid réintroduit l'accident, la matière et l'individu."

Le visage est la première chose que l’on donne au monde. C’est là que tout se joue. L’identité. La beauté. La honte. Le désir. Le lien aux autres.

Dans presque toutes les spiritualités, il porte quelque chose de sacré. L’âme. La mémoire. Le lien aux autres. Le visage est partout. Dans les religions, dans les rituels,

dans les masques, dans les saints, dans les dieux. C’est le lieu de l’intime, du visible, du social, du sacré.

Dans le christianisme, l’homme est créé à l’image de Dieu. Le Christ lui-même est représenté avec un visage souffrant, frappé, défiguré. Dans d’autres religions, le

visage de Dieu ne peut même pas être montré. Il reste caché. Mystérieux. Trop puissant. Dans les religions animistes, vaudoues ou chamaniques, le visage devient

masque, peinture, scarification. Il permet de devenir autre. Un ancêtre. Un esprit. Un mort. Un dieu. Le visage devient un passage entre deux mondes.

Quand il est atteint, ce n’est pas seulement une apparence qui disparaît. C’est une place dans le monde qui vacille. Un visage abîmé n’est pas seulement une blessure

physique. C’est une blessure dans l’identité, dans la relation aux autres, dans la façon d’aimer, de sortir, de se montrer, d’exister, de respirer, de vivre.

Tout se joue alors dans cet instant fragile où un visage bascule, disparaît, puis revient autrement. Entre destruction et réparation. Entre absence et renaissance. Le geste

médical devient un geste mystique. Réparer un visage, ce n’est pas seulement réparer une peau, un os ou une mâchoire, c’est tenter de rendre à quelqu’un sa place dans le monde. Chaque opération, chaque attente, chaque réveil porte quelque chose d’un rite de passage. Comme une traversée. Comme une résurrection. Photographier ces visages blessés, c’est les photographier comme des saints, des survivants, des êtres revenus de très loin.

Comme Sainte Veronica, patronne des photographes, essuyant le visage du Christ, photographier devient alors un geste de trace. Un geste de mémoire. Un geste presque sacré. Regarder un visage blessé sans détourner les yeux. Garder la preuve qu’il est encore là.
Nous voici donc en voyage au CHU de Bordeaux au service Maxillo faciale. < Travail en cours >

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